"Je veux qu’on se taise quand on cesse de ressentir"

André Breton - extrait du Manifeste du surréalisme  (via kissmezombie)

"J’ai toujours raté les choses que personne ne rate jamais; ce que les autres font tout naturellement, j’ai dû ma vie durant m’appliquer à les faire consciencieusement. J’ai toujours souhaité obtenir ce que les autres obtenaient sans presque le souhaiter. Il y a toujours eu, entre la vie et moi, des vitres dépolies ; je ne les ai perçues ni par la vue ni par le toucher; et je n’ai vécu ni ma vie ni mes projets, je n’ai été que le songe de ce que je voulais être; mon rêve a commencé dans ma volonté elle-même, mes plans ont toujours été la fiction première de ce que je n’ai jamais été."

Fernando Pessoa , Le livre de l’intranquillité (via feuille-d-automne)

Tu es comme…

Tu es comme un périple, comme une rafale, une ruade, tu es comme une falaise, un souffle, tu es comme ce rayon,  tu es comme, tu es comme…

A chercher dans ce monde ce qui pourrait te ressembler – rien, mais rien je le sais, ni saisir le cœur des autres, ni tracer devant leurs yeux l’esquisse de ta beauté qui me sidère – je t’arpente jusqu’à ton propre gouffre, et je te désire plus encore de cette humanité absurde qui nous assemble.

Rien, mais rien je le sais ne peut rendre ta lumière, rien ne peut réfléchir cette lumière jusqu’aux yeux des autres. Tu es mon amour définitivement hors les mots, hors les traits et les ondes. Rien ne peut rendre ta peau, rien ne peut dire ton feu et tu me traverses, tu m’esseules violent et discret, monstre et tendre.

Ma brûlure et mon nid. Définitivement dans ce jeu de vents qu’est la vie.

Frédéric Sorgue

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"

Il y en a qui prient, il y en a qui fuient,
Il y en a qui maudissent et d’autres réfléchissent,
Courbés sur leur silence, pour entendre le vide,
Il y en a qui confient leur panique à l’espoir,
Il y en a qui s’en foutent et s’endorment le soir
Le sourire aux lèvres.

Et d’autres qui haïssent, d’autres qui font du mal
Pour venger leur propre dénuement.
Et s’abusant eux-mêmes se figurent chanter.
Il y a tous ceux qui s’étourdissent…

Il y en a qui souffrent, silence sur leur silence,
Il en est trop qui vivent de cette souffrance.
Pardonnez-nous, mon Dieu, leur absence.
Il y en a qui tuent, il y en a tant qui meurent.

Et moi, devant cette table tranquille,
Écoutant la mort de la ville,
Écoutant le monde mourir en moi
Et mourant cette agonie du monde.

"

René Tavernier, paru dans Positions, 1943 (via belluas)

"[…] Lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours."

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman (via maldoror6)

entre ici et quelque part

chaochimu:

Je n’ai
Je n’ai jamais
Je crois je n’ai jamais été
Vraiment je crois
Vraiment de quelque part
Je crois jamais vraiment
Jamais je crois
Je crois je n’ai jamais été vraiment de quelque part
Les gens d’ici me fascinent
Les gens d’ici me fatiguent aussi
Les gens d’ici
Les gens qui sont vraiment d’ici
Vraiment vraiment d’ici
Les gens d’ici ont oublié leurs ailleurs
Est-ce une qualité de ne jamais avoir bougé ?

Nice, Nizza

Nice, Nizza

Les saisonniers

Vous disiez :

« Faut se tirer.

C’est notre dernière saison. Tous ces beignets, ces parasols, ces garçons, c’est l’enfer, je parviens même plus à m’en imaginer la fin.

Avant ça brûlait dedans, tu te souviens ? Nos nuits de bière sur la plage ? A chercher dans le feu nos chansons ?

Avant l’été ça grandissait, ça grandissait comme nos cloques sur la nuque, comme on se fendait fort la gueule, comme notre musique grandissait et il était là tout entier notre grand voyage.

Avant ça brûlait, et puis on a dû éteindre le feu parce que les flics sont venus l’interdire, parce que ce putain de littoral est en danger, parce qu’il faut plaire aux russes, aux qataris, aux taïwanais, et qu’en vacances ces blaireaux tolèrent pas le moindre mégot sous leur transat d’où ils admirent cette baie légendaire dans laquelle leurs palaces, leurs voiliers, leurs jet skis répandent lentement leur merde et nous pourrissent l’été.

Faut se tirer.

Faut se tirer, retrouver la fête, qui chante, qui danse, qui sue, et répandre notre merde à nous ailleurs, à Bali, Saint-Martin, on s’en fout et on s’affalera dans les mêmes palaces, on singera l’aventurier sur les mêmes voiliers…

L’été est partout, le voyage ne fait plus rêver, toute la joie, tout cet espoir, cet inconnu, ce rien devant, cet immense, même l’immense de la mer, tout s’est ramassé et commence à se ressembler.

Il reste quoi ? Peut-être une île, une vallée ?

Regarde : partout où tu vas, tu mates toujours le même horizon pour t’évader, et c’est celui de ton tactile.

Tu vois, j’en suis sûr, c’est pour ça qu’on en a jamais assez, qu’on joue, qu’on boit, qu’on nique, qu’on s’arrête pour regarder les méduses, les accidents, les noyés. C’est ce dur bonheur de savoir que l’on vit ici et, où qu’on aille, qu’on se retrouvera ici, que tout est là, que tout nous est donné, qu’on l’a voulu et qu’on y est…

Tous ces surfeurs, ces bikinis, ces tubes de l’été, ces matchs de volley et tous ceux qui errent trop habillés au milieu de ce bordel de sable et d’ambre, trop vieux, trop moches, trop coincés, trop religieux : tout le monde bouffe de cette joie produite à grande échelle pour s’en souler ou la gerber.

Faut se tirer. Je sais pas où, je sais pas comment, je sais pas grand-chose à part ce mouvement : partir, partir ailleurs, pour la saison suivante. Et si je ne peux plus partir dehors, je vais partir dedans…

Qu’est-ce qu’il reste ? Qu’est-ce qu’on est ? Pas plus que des moustiques : des saisonniers. En moins d’une seconde, on se tire

Tu peux sourire grand, c’est l’odeur du départ que tu commences à sentir, c’est l’odeur des chansons et c’est là qu’on doit aller, où elles sont, c’est là-bas, c’est dedans. » 

Et puis vous buviez l’étincelle du mauvais soda que je vous avais servi. Votre guitare  résonnait des derniers crépitements des braises. L’obscurité de nos songes s’alanguissait dans le sable alentour. L’absence des touristes bruissait encore de leur vibration de peaux enduites, et j’écoutais notre silence s’éloigner sur la mer presque noire, invisible. Elle n’avait qu’une poignée d’étoiles à refléter ce soir-là. Pas loin, de l’autre côté de l’anse, la fête foraine tournait, retournait, galaxie conne. Vers la voûte du ciel jaillissaient ces cris qui ne peuvent pas s’éteindre, qui remontent à jamais des instants arrêtés sur pixels. Toutes ces joies que l’on joue pour avoir un peu à fredonner l’hiver prochain.

Frédéric Sorgue

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alecto-r-duval:

"Nous* nous prenions pour des êtres supérieurs, qui ouvraient leurs perceptions, affûtaient leur empathie, répandaient le chaudron des souffrances communes sur la piste de danse du langage, puis essayaient de transformer le chaos de douleur en menuet. Quelle espèce d’importance, vraiment ? Nous ne…

Depeche Mode - Should be higher - Live 2013

L’ombre de ta gorge

Or l’automne brûlant, dévoué, à genoux,

– Durant cette saison où décroît le soleil,

Ton visage éclipsait mon plein midi pareil

A l’obscure apogée d’un dieu encore debout –

 

Déposant mon offrande à tes pieds de granit,

– La cendre d’un baiser, ma prière jalouse,

Ma peau, mon cœur aveugle et que tu les recouses,

Souverain colossal couronné du zénith –

 

J’implorais ta noirceur de m’éblouir au sang :

« Guéris l’astre aussi noir qui darde dans mes veines… »

– Or plus je te vénère, or mieux tu me dédaignes ;

Et l’ombre de ta gorge est mon seul firmament.

 

L’étoile flamboyante où trônait ta figure

Brillait d’un long silence vainqueur et ténébreux.

Idole à contre jour ébouriffée de feu,

Tu ouvrageais le ciel d’une sombre serrure.

 

Frédéric Sorgue

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Mucem Marseille “Ni dieu ni maître”

Mucem Marseille “Ni dieu ni maître”

"Si un problème a une solution, il ne sert à rien de s’inquiéter. Mais s’il n’en a pas, alors s’inquiéter ne change rien."

Proverbe tibétain
Nuit du sud, Vence

Nuit du sud, Vence