L’épopée azuréenne des loosers - 2

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2

A l’entrée de la discothèque en vogue, la physio-cerbère

Fait la fine bouche de son bec ornithorynque

L’ondoyante vipère dans son fourreau de peau tannée

Aiguise sur la pierre de nos masques son regard sabre

Sonde transperce tranche

Pointe ce destin de son dard french manucure

Aucun mot n’articule les lèvres murailles

Et sur ce fil de baraka qui les relie à la corne fluo

L’élu et sa bande avancent toisent doublent

Les loosers que l’œil aux millions de cils n’a jamais regardés

 

Trop vieux trop puceau

Trop foncedé trop chemo

Verlan que la couguar emprunte pour lifter sa béance

Et régner sur la basse-cour des coacheuses à minets

Agitant entre ses seins surfaits ce pass du paradis dont ils ont soif

Et les hypnotisant de tout son arsenal de botox et de strass

Elle les autorisera bientôt à laper

Le lait de la divine aigreur entre ses cuisses

Philtre grâce auquel l’apprenti séducteur franchira

Cette frontière de soie qui sépare

L’innocence du style

 

Mon pauvre pote tu rumines te recoiffes

Mais tu sais même soûl

Que nous sommes désormais invisibles

Nous ne pénétrerons plus jamais ces majestés de la fiesta

Resplendissantes et stupides

Ces palaces de taules qui vibrent battent clignotent

Et s’enivrent sur mix d’un spectre de cames infini

Phares fantômes de ce notre si lent naufrage égrenés

Comme l’Ourse là-haut entre Pampelonne et le Rocher

Dans cette parenthèse de sel et de thunes

Où l’on ne peut pas exister

Si l’on ignore son prix

 

Ici

Dans ce golfe du néant classe affaires

Ceux qui jouissent du seul pouvoir connu

Dilapider sa jeunesse avec arrogance

S’inclinent et inspirent un épais rail de coke

Dans une seconde de recueillement

Puis vont crâner comme ils ont vu

En streaming en HD en 3D

Sur la multitude des écrans éteints qui les observent

Acteurs de leur propre biopic

Singes de leur propre cœur

Combien plus pro que nous à leur âge

Quand nous étions sans le savoir déjà vintage

Hologrammes agités sur nos podiums techno trance

Mimant les signes extérieurs d’une joie mortelle

Qu’en vérité l’on n’éprouvait même pas

Et qui nous manque désormais

 

Frédéric Sorgue

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L’épopée azuréenne des loosers - 1

1.

Des feux dorent les piscines des pixels d’un art processeur

Effervescence exposée dans le chlore un instant

Suffisant pour que ma flûte se remplisse d’artifices

Ces bulles ces rosaces ces décolletés blancs

Ces sourires publicité des rois secrets qui désirent

Briller comme ce bouquet final

Sur la couverture d’un périodique local

 

Tu aimes encore ma taulière à quatre roues 

Sans suspension le long de la déferlante du goudron

Surbrillante dans la nuit canicule 

Berline à la pneumatique rase

Déboule dévale le flux torve à flanc

Et laissant derrière ses embardées

Ce profond pays de vallées annexé par les riches

Nous jette vers le firmament d’en bas

Baie des anges

 

Regarde-la

Parée de mer et d’aéroport

Resplendissant décor d’un mauvais soap-opéra

Elle s’éteint après ce siècle sans étoile

Avec sa vergogne de vieille maquerelle

Et toi mon pauvre pote tu trimes

Dans ton coma au gin marie-jeanne

A la recherche d’un son qui ne nous dessoulera pas

Lors que demain nous rallierons très tôt l’Italie

Et notre cancer à moindre taxe tu dis

Alors dormir pourquoi

Puisqu’on ne peut rêver plus

 

Le lourd beat de club bat sur l’onde que tu as choisie

Paralyse une seconde sous la sueur

Quand au virage s’irise l’ultime stratégie du quadra

Rester immobile dans la tourmente des réseaux

Emerveillés par l’utopie d’un silence

Puis ravive notre braise

Danser une dernière fois

 

Bientôt nous verrons les premières fées tarifées

Signalant de leur strass que nous parvenons enfin sur le littoral

Puisque les putes ici sont des coquillages

Et révèlent la proximité d’un rivage

Que l’on n’aborde jamais à découvert

Tandis que le laser géant d’une boîte à blaireaux sur la plage

Sillonne l’horizon qui décroit avec notre avancée

A la recherche du dieu made in China

Bon à revendre

Frédéric Sorgue

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"Je veux qu’on se taise quand on cesse de ressentir"

André Breton - extrait du Manifeste du surréalisme  (via kissmezombie)

"J’ai toujours raté les choses que personne ne rate jamais; ce que les autres font tout naturellement, j’ai dû ma vie durant m’appliquer à les faire consciencieusement. J’ai toujours souhaité obtenir ce que les autres obtenaient sans presque le souhaiter. Il y a toujours eu, entre la vie et moi, des vitres dépolies ; je ne les ai perçues ni par la vue ni par le toucher; et je n’ai vécu ni ma vie ni mes projets, je n’ai été que le songe de ce que je voulais être; mon rêve a commencé dans ma volonté elle-même, mes plans ont toujours été la fiction première de ce que je n’ai jamais été."

Fernando Pessoa , Le livre de l’intranquillité (via feuille-d-automne)

Tu es comme…

Tu es comme un périple, comme une rafale, une ruade, tu es comme une falaise, un souffle, tu es comme ce rayon,  tu es comme, tu es comme…

A chercher dans ce monde ce qui pourrait te ressembler – rien, mais rien je le sais, ni saisir le cœur des autres, ni tracer devant leurs yeux l’esquisse de ta beauté qui me sidère – je t’arpente jusqu’à ton propre gouffre, et je te désire plus encore de cette humanité absurde qui nous assemble.

Rien, mais rien je le sais ne peut rendre ta lumière, rien ne peut réfléchir cette lumière jusqu’aux yeux des autres. Tu es mon amour définitivement hors les mots, hors les traits et les ondes. Rien ne peut rendre ta peau, rien ne peut dire ton feu et tu me traverses, tu m’esseules violent et discret, monstre et tendre.

Ma brûlure et mon nid. Définitivement dans ce jeu de vents qu’est la vie.

Frédéric Sorgue

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"

Il y en a qui prient, il y en a qui fuient,
Il y en a qui maudissent et d’autres réfléchissent,
Courbés sur leur silence, pour entendre le vide,
Il y en a qui confient leur panique à l’espoir,
Il y en a qui s’en foutent et s’endorment le soir
Le sourire aux lèvres.

Et d’autres qui haïssent, d’autres qui font du mal
Pour venger leur propre dénuement.
Et s’abusant eux-mêmes se figurent chanter.
Il y a tous ceux qui s’étourdissent…

Il y en a qui souffrent, silence sur leur silence,
Il en est trop qui vivent de cette souffrance.
Pardonnez-nous, mon Dieu, leur absence.
Il y en a qui tuent, il y en a tant qui meurent.

Et moi, devant cette table tranquille,
Écoutant la mort de la ville,
Écoutant le monde mourir en moi
Et mourant cette agonie du monde.

"

René Tavernier, paru dans Positions, 1943 (via belluas)

"[…] Lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours."

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman (via maldoror6)

entre ici et quelque part

chaochimu:

Je n’ai
Je n’ai jamais
Je crois je n’ai jamais été
Vraiment je crois
Vraiment de quelque part
Je crois jamais vraiment
Jamais je crois
Je crois je n’ai jamais été vraiment de quelque part
Les gens d’ici me fascinent
Les gens d’ici me fatiguent aussi
Les gens d’ici
Les gens qui sont vraiment d’ici
Vraiment vraiment d’ici
Les gens d’ici ont oublié leurs ailleurs
Est-ce une qualité de ne jamais avoir bougé ?

Nice, Nizza

Nice, Nizza

Les saisonniers

Vous disiez :

« Faut se tirer.

C’est notre dernière saison. Tous ces beignets, ces parasols, ces garçons, c’est l’enfer, je parviens même plus à m’en imaginer la fin.

Avant ça brûlait dedans, tu te souviens ? Nos nuits de bière sur la plage ? A chercher dans le feu nos chansons ?

Avant l’été ça grandissait, ça grandissait comme nos cloques sur la nuque, comme on se fendait fort la gueule, comme notre musique grandissait et il était là tout entier notre grand voyage.

Avant ça brûlait, et puis on a dû éteindre le feu parce que les flics sont venus l’interdire, parce que ce putain de littoral est en danger, parce qu’il faut plaire aux russes, aux qataris, aux taïwanais, et qu’en vacances ces blaireaux tolèrent pas le moindre mégot sous leur transat d’où ils admirent cette baie légendaire dans laquelle leurs palaces, leurs voiliers, leurs jet skis répandent lentement leur merde et nous pourrissent l’été.

Faut se tirer.

Faut se tirer, retrouver la fête, qui chante, qui danse, qui sue, et répandre notre merde à nous ailleurs, à Bali, Saint-Martin, on s’en fout et on s’affalera dans les mêmes palaces, on singera l’aventurier sur les mêmes voiliers…

L’été est partout, le voyage ne fait plus rêver, toute la joie, tout cet espoir, cet inconnu, ce rien devant, cet immense, même l’immense de la mer, tout s’est ramassé et commence à se ressembler.

Il reste quoi ? Peut-être une île, une vallée ?

Regarde : partout où tu vas, tu mates toujours le même horizon pour t’évader, et c’est celui de ton tactile.

Tu vois, j’en suis sûr, c’est pour ça qu’on en a jamais assez, qu’on joue, qu’on boit, qu’on nique, qu’on s’arrête pour regarder les méduses, les accidents, les noyés. C’est ce dur bonheur de savoir que l’on vit ici et, où qu’on aille, qu’on se retrouvera ici, que tout est là, que tout nous est donné, qu’on l’a voulu et qu’on y est…

Tous ces surfeurs, ces bikinis, ces tubes de l’été, ces matchs de volley et tous ceux qui errent trop habillés au milieu de ce bordel de sable et d’ambre, trop vieux, trop moches, trop coincés, trop religieux : tout le monde bouffe de cette joie produite à grande échelle pour s’en souler ou la gerber.

Faut se tirer. Je sais pas où, je sais pas comment, je sais pas grand-chose à part ce mouvement : partir, partir ailleurs, pour la saison suivante. Et si je ne peux plus partir dehors, je vais partir dedans…

Qu’est-ce qu’il reste ? Qu’est-ce qu’on est ? Pas plus que des moustiques : des saisonniers. En moins d’une seconde, on se tire

Tu peux sourire grand, c’est l’odeur du départ que tu commences à sentir, c’est l’odeur des chansons et c’est là qu’on doit aller, où elles sont, c’est là-bas, c’est dedans. » 

Et puis vous buviez l’étincelle du mauvais soda que je vous avais servi. Votre guitare  résonnait des derniers crépitements des braises. L’obscurité de nos songes s’alanguissait dans le sable alentour. L’absence des touristes bruissait encore de leur vibration de peaux enduites, et j’écoutais notre silence s’éloigner sur la mer presque noire, invisible. Elle n’avait qu’une poignée d’étoiles à refléter ce soir-là. Pas loin, de l’autre côté de l’anse, la fête foraine tournait, retournait, galaxie conne. Vers la voûte du ciel jaillissaient ces cris qui ne peuvent pas s’éteindre, qui remontent à jamais des instants arrêtés sur pixels. Toutes ces joies que l’on joue pour avoir un peu à fredonner l’hiver prochain.

Frédéric Sorgue

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alecto-r-duval:

"Nous* nous prenions pour des êtres supérieurs, qui ouvraient leurs perceptions, affûtaient leur empathie, répandaient le chaudron des souffrances communes sur la piste de danse du langage, puis essayaient de transformer le chaos de douleur en menuet. Quelle espèce d’importance, vraiment ? Nous ne…

Depeche Mode - Should be higher - Live 2013

L’ombre de ta gorge

Or l’automne brûlant, dévoué, à genoux,

– Durant cette saison où décroît le soleil,

Ton visage éclipsait mon plein midi pareil

A l’obscure apogée d’un dieu encore debout –

 

Déposant mon offrande à tes pieds de granit,

– La cendre d’un baiser, ma prière jalouse,

Ma peau, mon cœur aveugle et que tu les recouses,

Souverain colossal couronné du zénith –

 

J’implorais ta noirceur de m’éblouir au sang :

« Guéris l’astre aussi noir qui darde dans mes veines… »

– Or plus je te vénère, or mieux tu me dédaignes ;

Et l’ombre de ta gorge est mon seul firmament.

 

L’étoile flamboyante où trônait ta figure

Brillait d’un long silence vainqueur et ténébreux.

Idole à contre jour ébouriffée de feu,

Tu ouvrageais le ciel d’une sombre serrure.

 

Frédéric Sorgue

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Mucem Marseille “Ni dieu ni maître”

Mucem Marseille “Ni dieu ni maître”

"Si un problème a une solution, il ne sert à rien de s’inquiéter. Mais s’il n’en a pas, alors s’inquiéter ne change rien."

Proverbe tibétain